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La robotique humanoïde passe de démonstrations mises en scène à un déploiement industriel, avec Agility Robotics, de grands fabricants chinois et Unitree qui affichent tous des progrès rapides en matière de sécurité, de production et d’autonomie.
Agility Robotics a présenté Digit 5, un humanoïde de 284 livres conçu pour travailler directement aux côtés des personnes dans des entrepôts et des usines sans barrières de sécurité. L’entreprise qualifie cette approche de travail coopérativement sûr à grande échelle et indique que le robot a été conçu à partir des exigences clients recueillies pendant trois ans d’exploitation de Digit 4. Agility affirme déjà disposer de plus de 300 millions de dollars de commandes pluriannuelles.
Digit 5 utilise un système de sécurité à trois niveaux: détection humaine, signaux de mouvement et audio, et contrôleur de sécurité indépendant. Si une personne s’approche trop près, le robot peut l’éviter, s’arrêter, ou abaisser sa charge puis se mettre en squat assis stable, une tentative notable pour réduire le risque lié à la chute d’un bipède. Agility travaille aussi sur les normes de sécurité américaines, canadiennes et internationales, et s’est associée à Nvidia et Fort Robotics pour soutenir la certification.
Les précédents modèles Digit utilisaient des jambes à articulation inversée inspirées de la locomotion animale, mais Digit 5 les remplace par une conception plus classique optimisée pour le levage répétitif. Il peut soulever de façon répétée 50 livres ou 22,7 kilogrammes, soit environ 40 % de plus que Digit 4, et atteindre 7,2 pieds ou 2,2 mètres de hauteur. Ses effecteurs terminaux peuvent aussi être remplacés via des fixations standard, lui permettant de passer de la manipulation de bacs à l’approvisionnement de machines.
Les performances batterie suivent une voie différente de celle de nombreux robots mobiles. Digit 5 fonctionne environ 90 minutes par charge, contre près de quatre heures pour Digit 4, mais se recharge seul en seulement neuf minutes. Agility affirme que ce ratio fonctionnement/recharge de 10:1 permet environ 21 heures productives par jour avec autour de quatre heures de pauses de recharge.
Agility soutient que son avantage ne tient pas au spectacle mais à son historique opérationnel. Digit 4 a cumulé plus de 65 000 heures d’exploitation chez des clients comme GXO, Amazon, Toyota Motor Manufacturing Canada et Schaeffler. Sur le site Flowery Branch de GXO près d’Atlanta, le robot avait traité 100 000 bacs cumulés en novembre 2025 avec environ 98 % de précision.
La fusion d’Agility avec Churchill Capital Corp. XI valorise l’entreprise à environ 2,5 milliards de dollars et devrait lever plus de 620 millions de dollars, principalement pour augmenter la production. Des dépôts auprès de la SEC indiquent un coût initial des composants d’environ 150 000 à 200 000 dollars par robot, avec un objectif inférieur à 50 000 dollars à 10 000 unités par an. Le prix client indicatif de l’entreprise est d’environ 8 500 dollars par mois, présenté comme l’équivalent d’environ 2,5 postes humains.
L’usine RoboFab d’Agility à Salem, Oregon, a été conçue pour produire jusqu’à 10 000 robots par an. En Chine, UBTech Robotics et Siemens ont ouvert une usine humanoïde de 14 000 mètres carrés à Liuzhou, Guangxi, visant elle aussi 10 000 unités par an, soit un robot toutes les 10 minutes. Le site utilise des robots pour le chargement, la palettisation, la logistique et l’inspection, soulignant l’ambition chinoise de produire des humanoïdes à grande échelle.
Les entreprises chinoises poussent aussi l’autonomie. AgiBot a lancé Agile 2.0, un système de locomotion qui intègre directement la perception visuelle dans la boucle de contrôle du mouvement afin de replanifier en temps réel la posture, le contact et la trajectoire. Les démonstrations comprenaient corde à sauter coordonnée, équilibre sur balle roulante, jonglage et manipulation collaborative de cartons, le tout pour réduire la programmation spécifique à chaque scénario.
Le 7 septembre, Unitree a montré son humanoïde G1 affrontant un entraîneur humain sans casque, manette ni téléopérateur visibles. L’entreprise a décrit le système comme un robot de combat autonome en temps réel, piloté par un modèle du monde, capable de prédire les mouvements à très court terme pour planifier frappes, esquives et jeu de jambes. La démonstration a toutefois laissé ouvertes des questions sur le calcul déporté, la latence et les performances face à un adversaire réellement opposant plutôt qu’à un partenaire coopératif.
Dans tout le secteur, l’enjeu central n’est plus seulement de savoir si les humanoïdes peuvent se déplacer de manière dynamique, mais s’ils peuvent travailler en sécurité, à faible coût et en continu dans de vraies installations. Cela implique de prouver l’économie de la batterie, le comportement sûr vis-à-vis des humains, l’état de préparation à la certification et l’intégration avec les logiciels d’entrepôt et d’usine. Les entreprises les plus convaincantes sont celles qui associent autonomie, heures mesurables sur le terrain et systèmes industrialisables.
La course aux humanoïdes est de plus en plus définie par la crédibilité industrielle plutôt que par des démonstrations virales. La certification de sécurité, la production à l’échelle d’usine et un fonctionnement fiable au contact des humains semblent désormais constituer les vrais seuils de l’adoption commerciale.
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