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IGN se positionne comme un pilier de la souveraineté numérique française en produisant des données géographiques ouvertes de référence, en s’associant à des communs comme OpenStreetMap, et en construisant des outils publics allant de Cartes.gouv.fr à un jumeau numérique national.
IGN demeure l’établissement public chargé de cartographier l’ensemble du territoire français, de la métropole et de la Corse aux territoires ultramarins, dont la Guadeloupe et Wallis-et-Futuna. Son rôle va bien au-delà des cartes grand public: ces données servent à la défense, à l’aménagement, à l’écologie, à l’agriculture et à la gestion de crise. L’institut se présente comme le garant d’une vision nationale de référence du territoire.
L’institut conserve sa propre capacité d’imagerie aérienne, avec des avions qui photographient le pays selon un cycle de mise à jour de trois ans. Les images atteignent une résolution de 20 centimètres par pixel, offrant une couverture détaillée des routes, bâtiments, terres agricoles et forêts. Ce matériau est ensuite traité par des techniciens formés, de plus en plus assistés par l’automatisation et l’intelligence artificielle.
La plupart des données de l’IGN sont désormais publiées en open data sous une licence permissive autorisant la copie, la modification et la réutilisation commerciale, à condition de citer la source. Ce cadre, rendu possible par les réformes françaises sur la République numérique, marque un basculement majeur d’un modèle administratif fermé vers un système pensé pour une large réutilisation par les acteurs publics, les entreprises et les citoyens. Les travaux sensibles sur mesure pour l’armée restent séparés.
La cartographie est centrale pour la gestion d’un territoire dont environ 50 à 60 % sont des terres agricoles et près de 30 % des forêts. Les données servent à vérifier les parcelles déclarées pour les subventions européennes, à suivre l’usage des sols et à mesurer l’étalement urbain. Pour les forêts, les enjeux sont écologiques et économiques, la filière bois représentant environ 400 000 emplois en France.
L’IGN est proche d’achever un relevé national par LiDAR, utilisant un balayage laser aéroporté pour produire des nuages de points 3D d’environ 20 points par mètre carré. Cela génère des données très détaillées sur le relief et la végétation, même si certains propriétaires forestiers privés ont exprimé leur crainte que des données publiques très précises puissent indirectement faciliter le vol de bois. La doctrine actuelle de l’institut reste néanmoins celle d’une publication large.
L’IGN distingue les « données d’autorité » publiques des informations collaboratives. Les premières couvrent les couches essentielles comme la topographie, les routes, les bâtiments, les adresses et les limites administratives, avec une garantie de service nécessaire aux pompiers, ministères et collectivités. Pour de nombreux détails locaux, cependant, la cartographie collaborative peut surpasser l’État.
L’institut travaille avec OpenStreetMap, présenté comme l’équivalent cartographique de Wikipedia, et reconnaît la force de sa communauté pouvant aller jusqu’à 10 000 contributeurs en France. Dans l’application mobile Carte IGN, les points d’intérêt comme les distributeurs, toilettes publiques, commerces et arrêts de bus reposent sur les données OpenStreetMap car elles sont mises à jour plus vite et plus largement. La relation n’est pas pensée comme une concurrence mais comme une complémentarité entre infrastructure publique et communs numériques.
Aux côtés de l’écosystème OpenStreetMap, l’IGN a lancé Panoramax, une banque d’images participative conçue comme une alternative ouverte aux images de rue propriétaires. En un peu plus de deux ans, le service a accumulé 120 millions de photos couvrant 1,1 million de kilomètres de routes, soit plus que l’ensemble du réseau routier français car de nombreux itinéraires sont capturés plusieurs fois. L’objectif est de créer des données visuelles réutilisables pour la cartographie, les algorithmes et les services publics sans dépendre d’une plateforme fermée.
L’IGN développe aussi Jumeau Numérique National, ou JUNE, avec des partenaires comme Inria et Cerema, soutenu par France 2030. Le projet vise à fournir dès l’an prochain des briques open source pour des simulations liées à l’adaptation climatique, aux infrastructures et à la gestion des territoires. Un usage visé concerne la forêt, où la mortalité des arbres a augmenté de 2,5 fois au cours de la dernière décennie par rapport à la précédente, renforçant le besoin de modèles prédictifs sur le choix des essences, le stockage du carbone et le risque incendie.
L’argument général est que la souveraineté numérique n’exige pas que chaque outil soit entièrement construit à l’intérieur des frontières nationales. Elle suppose plutôt la maîtrise des données essentielles, une gouvernance de confiance, la portabilité, les standards ouverts et des infrastructures partagées alignées sur les valeurs européennes. Dans cette vision, la France et l’Europe devraient dépasser la simple régulation des grandes plateformes et investir dans des alternatives fondées sur les communs, l’interopérabilité et l’open source, y compris en intelligence artificielle.
La stratégie qui se dessine autour de l’IGN relie la cartographie, l’adaptation climatique et la politique numérique dans un agenda plus large de souveraineté. Son pari central est que l’autorité publique peut être renforcée non en fermant les données, mais en combinant une infrastructure étatique de confiance avec des standards ouverts et des communs partagés.
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