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Alors que les myrtilles sont de plus en plus difficiles à cultiver en France malgré une demande en hausse, les producteurs s’intéressent davantage au sureau noir, à la baie de chèvrefeuille et à la baie de Saskatoon comme alternatives plus rustiques et à forte valeur pour les petites entreprises fruitières.
En France, la consommation de myrtilles en volume a augmenté de 27 % en 2025, tandis que les dépenses consacrées à ce fruit ont progressé de 36,5 %. Pourtant, la production nationale ne couvre que 15 % à 20 % de la consommation, laissant le marché très dépendant des importations. Sur le papier, l’économie reste attractive: 300 m² plantés à raison d’environ 50 plants pour 100 m² peuvent produire jusqu’à 600 kg par an, soit environ 8 500 € de ventes directes en frais à 15 € le kilo.
Les myrtilles exigent des sols acides et légers et supportent mal le stress hydrique, des conditions absentes dans une grande partie de la France. Les étés chauds et secs rendent cette culture plus risquée, surtout pour les petits producteurs sans irrigation ni terres idéales. Cela accroît l’intérêt pour des baies plus tolérantes aux sols alcalins, aux sols lourds ou au manque d’eau.
Le sureau noir bénéficie d’un fort positionnement en alimentation fonctionnelle et d’un large potentiel de transformation. Ses baies contiennent près de deux fois plus d’anthocyanes que la myrtille sauvage et environ six fois plus que la myrtille cultivée, tandis que sa capacité antioxydante est annoncée comme supérieure à celle de la myrtille sauvage et d’environ trois fois celle de la myrtille cultivée. Les baies crues doivent être cuites car elles contiennent un alcaloïde toxique, mais une fois transformées elles peuvent devenir des sirops, des vins, de la bière, de l’hydromel, des poudres et des desserts.
La valeur de cette culture ne se limite pas au fruit. La fleur de sureau, autrefois surnommée « vanille du pauvre », peut parfumer la panna cotta, les crèmes dessert, le riz au lait et la crème brûlée, et des préparations fermentées entrent dans des boissons pétillantes parfois commercialisées sous le nom de « champagne des fées ». Cela crée une deuxième fenêtre commerciale avant la récolte des baies et permet à une même plantation d’alimenter plusieurs produits.
Une opportunité annexe notable vient des déchets de taille. Le bois de sureau peut être broyé ou utilisé comme substrat pour cultiver le champignon oreille de Judas, aussi appelé en Europe « oreille de Judas ». Cela s’inscrit dans un modèle agricole sobre en déchets, en transformant des sous-produits d’hiver en revenu supplémentaire plutôt qu’en coût d’élimination.
La baie de chèvrefeuille, fruit d’un chèvrefeuille arbustif originaire du Kamtchatka en Sibérie, s’impose comme une alternative solide car elle est moins exigeante que la myrtille sur le type de sol et résiste à des températures allant jusqu’à -40C. Elle tolère aussi mieux la sécheresse et fleurit très tôt, de fin février à début mars, offrant une ressource aux premiers pollinisateurs de la saison.
De nouveaux travaux de sélection, notamment au Canada, ont amélioré la saveur, la taille des baies et la productivité. Les arbustes adultes produisent couramment 3 à 5 kg de fruits par an. Parmi les cultivars souvent cités figurent Aurora, Boreal Blizzard, Boreal Beast, Borealis, Sweet My Berry et Honey Bee, même si plusieurs variétés doivent être associées pour assurer une pollinisation croisée fiable.
La baie de Saskatoon, aussi appelée amélanche ou Juneberry, provient d’un petit arbre apparenté au pommier et au poirier. Le type à feuilles d’aulne dépasse rarement 3 mètres et peut produire 4 à 5 kg de baies par arbre adulte. Son grand atout est sa résilience: elle tolère la sécheresse, le calcaire et même les sols lourds, ce qui la rend mieux adaptée que la myrtille à un plus large éventail de sites français.
Comme pour la baie de chèvrefeuille, le développement commercial progresse au Canada. Les variétés recommandées de Saskatoon incluent Thiessen pour ses gros fruits, Martin pour sa maturité groupée et ses très grosses baies, et Smokey pour sa forte productivité. Le fruit peut être transformé à peu près comme la myrtille ou la baie de chèvrefeuille, pour des confitures, coulis, desserts glacés et usages en pâtisserie.
L’argument le plus fort en faveur de ces baies réside dans la combinaison des ventes de fruits, de la transformation et des synergies à la ferme. Les producteurs peuvent créer de la valeur avec des coulis, du cuir de fruit, de la pâte de fruit, des boissons ou des ventes à la restauration, tout en intégrant des moutons pour le pâturage d’hiver et un paillage de laine, des haies favorables aux abeilles pour la pollinisation, et des copeaux de bois pour le paillage ou la culture de champignons. Le défi central est de diversifier sans perdre en clarté opérationnelle ni commerciale.
Pour les producteurs français confrontés à des conditions plus difficiles pour la myrtille, les cultures de remplacement les plus prometteuses sont celles qui associent un bon marketing nutritionnel à une meilleure tolérance à la sécheresse et aux sols difficiles. Le sureau noir, la baie de chèvrefeuille et la baie de Saskatoon offrent chacun cette combinaison, surtout lorsqu’ils sont liés à la transformation et aux revenus issus des sous-produits.
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