
Tech • IA • Robotique • Jeu
L’élection israélienne n’a dégagé aucune majorité de gouvernement, laissant aux partis arabes un levier décisif dans les négociations de coalition et accentuant l’incertitude sur l’orientation politique et stratégique du pays.
La Knesset de 120 sièges exige toujours 61 sièges pour obtenir une majorité gouvernementale, et aucun camp n’y est parvenu. Le bloc aligné sur Benjamin Netanyahu a remporté 53 sièges, l’opposition juive au sens large 48, et les partis arabes ont émergé avec 19 sièges, devenant centraux dans toute arithmétique de coalition viable.
Le changement le plus marquant vient de la représentation arabe, passée de 10 sièges en 2022 à 19 sièges. Ce résultat a fait des partis arabes des arbitres potentiels malgré des années d’efforts de la droite israélienne, surtout autour du Likoud, pour réduire leur influence politique. Leur poids leur donne désormais un rôle pivot pour décider si Netanyahu peut rester au pouvoir ou si une coalition alternative peut être formée.
Il s’agissait du premier scrutin national depuis le 7 octobre 2023 et il intervenait après environ trois ans de guerre, ce qui donne au résultat une importance symbolique et politique inhabituelle. La Knesset précédente est allée au terme complet de quatre ans, une rareté en Israël après la période 2019-2022, durant laquelle le pays a tenu cinq élections sur fond d’impasse répétée.
La participation a atteint 77,9 %, son niveau le plus élevé depuis 1999, avec environ 5 716 650 bulletins déposés. Cette mobilisation suggère que, malgré la guerre et les tensions internes, les électeurs considéraient toujours les élections comme importantes. Elle montre aussi qu’une large part de l’électorat ne s’est pas simplement rangée automatiquement derrière Netanyahu, puisque son bloc est resté nettement en deçà de la majorité.
Le Likoud est resté le plus grand parti pris individuellement, et Netanyahu la figure dominante à droite, mais sa capacité à former une coalition s’est fortement réduite. Son bloc est passé de 68 sièges auparavant à 53, une perte importante même s’il a conservé un noyau fidèle parmi ses alliés de droite, religieux et ultra-orthodoxes, dont Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich.
Le camp anti-Netanyahu s’est regroupé autour de Gadi Eisenkot, ancien chef de l’armée, mais il réunit des figures du centre-gauche, de la droite laïque et du courant nationaliste aux lignes rouges contradictoires. Parmi les dirigeants associés à ce camp figurent Yair Lapid, Naftali Bennett et Avigdor Liberman. Certains sont ouverts à un soutien arabe; d’autres rejettent tout arrangement qui rendrait les partis arabes décisifs, ce qui complique la formation d’une coalition même avec Netanyahu sous le seuil des 61 sièges.
Les citoyens arabes ont voté en bien plus grand nombre que lors de la précédente élection, avec une participation estimée autour de 80 %, contre environ 53 % en 2022. Près de 840 000 voix seraient allées aux deux principales listes arabes. Dans les communautés bédouines du Néguev, la participation a aussi été forte, soulignant un regain d’investissement dans la politique parlementaire plutôt qu’un désengagement.
Une fois les résultats officiels transmis au président Isaac Herzog, un candidat désigné dispose de 28 jours pour former une coalition. Si cet effort échoue à plusieurs reprises, Israël pourrait être confronté à de nouvelles élections au début de 2027. Parmi les options discutées figurent un gouvernement minoritaire toléré par les partis arabes, une formule d’unité, ou des tentatives de Netanyahu pour rallier un ou deux députés issus de camps rivaux.
Cette lutte interne intervient sur fond de craintes d’escalade régionale, notamment autour de l’Iran, et de débat sur l’usage éventuel de la politique de guerre pour façonner les résultats électoraux. Avec un Israël divisé et une équation de coalition non résolue, ce résultat dépasse la politique intérieure car il influencera les décisions sur la guerre, la diplomatie et la place d’Israël à l’étranger.
L’élection a révélé un système politique israélien fragmenté dans lequel Netanyahu reste puissant mais ne dispose plus d’une voie claire vers le pouvoir. L’équilibre immédiat des forces repose désormais sur les partis arabes, dont la progression pourrait façonner à la fois le prochain gouvernement et la trajectoire régionale plus large d’Israël.
Poser une question