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Antonin Baudry affirme que les relations internationales sont guidées par la puissance et les intérêts, tandis que son propre passage de la diplomatie au cinéma montre comment la persévérance et la prise de risque peuvent transformer une ambition de longue date en grand cinéma historique.
Antonin Baudry, qui a passé 13 ans dans la diplomatie avant de devenir cinéaste, soutient qu’il n’existe pas de pays intrinsèquement bienveillants dans les affaires internationales. Selon lui, les États agissent par rapports de force et par intérêt, et la France a été trop prompte après 1945 à croire à une bienveillance durable de ses alliés, surtout des États-Unis. Il rattache cette lecture à l’intuition de Charles de Gaulle selon laquelle la partie la plus faible ne peut céder du terrain sans risquer d’être écrasée.
Avant de réaliser des films, Baudry a suivi un parcours exceptionnellement large entre sciences, littérature et service de l’État. Il a étudié dans de grandes institutions françaises, travaillé dans les milieux diplomatiques et politiques, puis quitté un poste stable pour se consacrer au cinéma, un objectif qu’il portait depuis des années. Il précise que ce choix n’était pas un rejet de la diplomatie, qu’il juge passionnante, mais la décision de s’engager pleinement dans le cinéma lorsqu’il est devenu impossible de mener les deux de front.
Baudry a réalisé son premier long métrage, Le Chant du loup, après des années à écrire des bandes dessinées et à développer un travail créatif en parallèle de ses fonctions officielles. Il a commencé à écrire le film vers 40 ans et l’a tourné en 2017, vers 42 ans. Selon lui, cette progression est essentielle: ce changement de carrière n’a pas été un saut soudain, mais l’aboutissement d’un travail déjà engagé en arrière-plan, souvent tard dans la nuit après de longues journées au gouvernement.
Son diptyque sur de Gaulle a mobilisé six ans de travail et, dit-il, presque tout son espace mental. Il décrit ce processus comme à la fois exaltant et éprouvant, le second film étant encore en cours de finalisation alors que le premier arrivait déjà devant le public. Les films ont été pensés pour être vus à la suite, même si chacun peut exister de manière autonome.
Baudry a abordé de Gaulle non comme un monument, mais comme un personnage. Il voulait échapper au poids du symbole national pour se concentrer sur l’individu derrière la légende, y compris sur cette retenue émotionnelle souvent prise pour de la froideur. Le projet s’est largement appuyé sur le travail de l’historien britannique Julian Jackson, même si l’écriture a aussi impliqué la lecture de plus de 150 livres sur la période.
La trajectoire en salles du premier film sur de Gaulle n’a pas suivi les attentes habituelles. Après un démarrage faible, peu surprenant pour un film historique, la fréquentation a augmenté de façon inattendue lors de la troisième semaine, inversant la tendance classique à la baisse. Baudry souligne que ce retournement a commencé environ trois jours avant la sortie du second film, ce qui rend difficile de l’attribuer uniquement à l’effet de suite ou à une stratégie promotionnelle précise.
Baudry se méfie des explications trop nettes données après coup au succès. Il reconnaît l’utilité de la publicité et des recommandations en ligne, mais rejette l’idée qu’une campagne unique puisse expliquer à elle seule une percée. Son idée plus large est que le public reste souverain et que le succès culturel naît souvent d’un mélange difficile à reproduire de timing, de qualité et de réponse collective.
En tant que conseiller culturel à New York, Baudry a travaillé sur les liens français dans l’éducation, les arts et la recherche aux États-Unis. L’une de ses réalisations les plus visibles a été la création d’Albertine, une librairie française devenue un élément du paysage littéraire de la ville. Il explique que l’attachement américain à la France dépasse le tourisme et peut être mobilisé par les livres, le cinéma, l’opéra, les arts visuels et les échanges culturels au sens large.
Baudry rejette l’idée que les créateurs doivent attendre une permission ou des titres avant de commencer. Selon lui, la légitimité se gagne ensuite, si l’œuvre fait ses preuves, et n’est pas accordée d’avance par les institutions ou les gardiens du seuil. Son conseil est direct: commencer, travailler avec constance, et accepter que l’échec soit toujours possible, mais moins coûteux que de ne jamais essayer.
Le récit de Baudry réunit deux idées: une lecture réaliste des rapports de force mondiaux et la conviction personnelle que l’action compte davantage que l’attente d’une validation. En diplomatie comme dans l’art, il présente la détermination, l’endurance et le sens du moment comme des forces décisives.
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