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Le quantique vise 2 700 Md$

Madrid va accueillir son premier ordinateur quantique grâce à Telefónica et IQM, tandis que New York cartographie sa propre base industrielle et que McKinsey évalue le potentiel économique mondial du calcul quantique jusqu’à 2 700 milliards de dollars d’ici 2035. Derrière le chiffre, l’enjeu est clair : transformer une promesse de laboratoire en capacités régionales, cas d’usage industriels et souveraineté technologique.

Généré le 24 octobre 2026 à 06:13≈ 7 min de lecture
Illustration générée par IA

Madrid passe du discours à la machine

La course quantique devient territoriale. Telefónica et IQM Quantum Computers ont annoncé le déploiement du premier ordinateur quantique de la Communauté de Madrid, avec une installation prévue à l’Université polytechnique de Madrid avant la fin de 2026 . Le système choisi est un IQM Spark, une machine quantique supraconductrice présentée comme une solution intégrée pour la recherche, l’enseignement et le développement en phase initiale .

Cette précision est essentielle. Madrid ne s’équipe pas d’une machine censée remplacer immédiatement le calcul haute performance classique, ni d’un moteur magique capable d’optimiser toute l’industrie régionale du jour au lendemain. L’objectif est plus concret: donner aux universités, hôpitaux, centres de recherche et startups un accès direct à du matériel quantique réel, afin de dépasser les simulateurs et les accès distants à des laboratoires extérieurs .

Telefónica et IQM expliquent que la plateforme permettra de développer et tester des algorithmes quantiques tout en formant les compétences nécessaires à l’exploration de futurs cas d’usage . Autrement dit, le premier ordinateur quantique madrilène est d’abord une infrastructure d’apprentissage. Sa valeur dépendra moins de sa puissance brute que du nombre d’équipes capables de s’en servir pour apprendre à formuler des problèmes compatibles avec les futures générations de machines.

Le projet s’inscrit aussi dans une continuité espagnole. Le système madrilène sera le troisième ordinateur quantique déployé en Espagne dans le cadre de la collaboration entre Telefónica et IQM, après deux machines fournies au Centre de supercalcul de Galice, le CESGA . Cela dessine une stratégie nationale embryonnaire: ne pas concentrer l’accès au quantique dans un seul pôle, mais distribuer des capacités pratiques dans plusieurs écosystèmes régionaux.

Pourquoi Telefónica s’intéresse au quantique

La présence de Telefónica dans ce dossier n’a rien d’anecdotique. L’opérateur inscrit le projet dans une stratégie plus large couvrant les réseaux, le chiffrement et la protection des données critiques dans des secteurs sensibles comme la santé et la sécurité . Telefónica affirme également être le premier opérateur en Espagne à proposer des communications entre centres de données protégées par de nouveaux standards de cryptographie post-quantique .

Ce contexte explique pourquoi un opérateur télécom s’intéresse à un ordinateur quantique installé dans une université. À long terme, le calcul quantique menace les systèmes actuels de chiffrement à clé publique. Mais il crée aussi une demande pour de nouvelles architectures de communication sécurisée, des services managés, des intégrations cloud et des compétences spécialisées. Pour Telefónica, le relais de croissance ne se situe pas seulement dans la machine, mais dans tout ce qui l’entoure.

Cinco Días a résumé la logique du projet: fournir un accès direct au matériel quantique à des universités, centres de recherche, hôpitaux et startups pour tester des algorithmes et explorer des usages commerciaux . Le quotidien rappelle aussi qu’IQM, fondée à Espoo en Finlande en 2018, est spécialisée dans les ordinateurs quantiques supraconducteurs full-stack et a déjà déployé des systèmes intégrés en Europe, en Asie et en Amérique du Nord .

Reste une part d’incertitude. Merca2 souligne que le montant de l’investissement n’a pas été rendu public et que les modalités d’allocation du temps machine n’ont pas encore été détaillées . Or ces paramètres seront décisifs. Une machine quantique régionale peut devenir un outil collectif très productif, ou rester un actif prestigieux à retombées limitées si l’accès est trop restreint.

New York veut être le lieu où le quantique se fabrique et s’utilise

L’annonce madrilène intervient dans la même fenêtre de 72 heures qu’un autre signal venu des États-Unis: New York veut formaliser sa position dans l’économie quantique américaine. La gouverneure Kathy Hochul a présenté une étude commandée par l’État sur le paysage quantique new-yorkais, selon laquelle New York se classe deuxième au niveau national pour les entreprises, groupes de recherche et brevets liés au quantique .

L’étude, commandée par la division NYSTAR d’Empire State Development et préparée par The Quantum Insider, identifie 134 entités quantiques opérationnelles, 219 groupes de recherche et 734 familles de brevets quantiques liés à l’État de New York . Elle affirme que New York est l’un des deux seuls États américains disposant de capacités couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur quantique, de la recherche et de la fabrication jusqu’aux applications commerciales .

Ces chiffres déplacent le débat. Le quantique n’est pas seulement une affaire de qubits. C’est aussi une affaire de fabrication, cryogénie, optique, photonique, logiciels, capacités de test, clients industriels et formation. L’étude new-yorkaise relie explicitement les perspectives de l’État à sa base semi-conducteurs, à ses clusters optiques et photoniques, à ses universités de recherche, à ses laboratoires nationaux et à une demande potentielle forte dans la finance, la santé et l’industrie avancée .

New York a engagé 360 millions de dollars dans deux initiatives quantiques: 300 millions pour un Quantum Research and Innovation Hub à Stony Brook et 60 millions pour jusqu’à quatre pôles régionaux de commercialisation des technologies quantiques . L’étude estime que cet engagement pourrait soutenir entre 2,3 et 5,0 milliards de dollars de production brute, entre 1,4 et 3,3 milliards de valeur ajoutée, et entre 7 200 et 10 100 emplois-années dans l’État d’ici 2036 .

La formule stratégique retenue est parlante: New York veut être l’endroit où le quantique est fabriqué, connecté et mis au travail . Le contraste avec Madrid est utile. Madrid achète un accès local à une première machine. New York tente de coordonner une carte industrielle complète. Mais les deux démarches répondent à la même évidence: l’économie quantique ne sera pas gagnée uniquement par les percées scientifiques, mais par les territoires capables de connecter tôt les infrastructures, les talents et les utilisateurs.

Le potentiel de 2 700 milliards, avec prudence

Le chiffre phare vient de la dernière analyse de McKinsey, relayée par Mint et ANI: le calcul quantique pourrait générer entre 1 300 et 2 700 milliards de dollars de valeur économique mondiale d’ici 2035 . Le même rapport indique que plus de 300 organisations dans le monde travaillent déjà avec des fournisseurs de technologies quantiques, signe d’un passage progressif des projets expérimentaux vers des engagements commerciaux .

Il faut toutefois lire ce montant avec prudence. Les 2 700 milliards de dollars représentent une valeur économique potentielle, pas un chiffre d’affaires garanti pour les fournisseurs de machines quantiques. Il s’agit de valeur débloquée dans des secteurs où le quantique pourrait améliorer la simulation, l’optimisation, la sécurité ou la modélisation de systèmes complexes. Le marché fournisseur attendu est beaucoup plus petit: McKinsey estime que le marché mondial du matériel, des logiciels et des services de calcul quantique pourrait atteindre 60 à 100 milliards de dollars d’ici 2035 .

Cet écart explique pourquoi gouvernements et entreprises bougent alors même que le matériel reste immature. Si les gains majeurs se situent dans la pharmacie, la chimie, la finance, la logistique, les matériaux ou la cybersécurité, alors l’accès précoce aux talents et aux partenariats devient un avantage stratégique. Selon le rapport, les investissements en capital dans les technologies quantiques sont passés de 2,5 milliards de dollars en 2024 à 13,3 milliards en 2025, tandis que le chiffre d’affaires combiné des entreprises de calcul quantique a dépassé 1 milliard de dollars en 2025 et pourrait atteindre jusqu’à 4,4 milliards en 2028 .

McKinsey cite aussi des freins: contraintes de fabrication, pénurie de talents spécialisés et absence de consensus sur l’architecture quantique appelée à passer à l’échelle . C’est précisément pourquoi la machine madrilène compte, même si elle n’est pas une rupture commerciale immédiate. Le goulot d’étranglement n’est pas seulement le nombre de qubits. Il réside aussi dans la rareté des organisations capables d’utiliser utilement du matériel quantique.

Pas encore de portail vers Arrakis

Le quantique cherche encore son portail vers Arrakis. L’épice ne coule pas encore. Mais la trajectoire devient plus lisible: les régions construisent des plateformes au lieu d’attendre qu’une machine universelle arrive parfaitement formée.

L’IQM Spark madrilène offre aux chercheurs et entreprises locales un point de contact physique avec le calcul quantique . L’étude new-yorkaise transforme des actifs dispersés en feuille de route politique, avec hubs, financements et coordination industrielle comme prochains tests . Le plafond de 2 700 milliards de dollars avancé par McKinsey donne aux dirigeants et aux gouvernements une raison d’agir avant que les gagnants commerciaux ne soient évidents .

Le risque, comme toujours avec le quantique, est l’emballement. L’opportunité, elle, est la préparation. La prochaine phase récompensera les territoires capables de convertir l’infrastructure en cas d’usage, les cas d’usage en compétences, et les compétences en écosystèmes durables. Madrid vient de franchir une première étape matérielle. New York tente d’orchestrer une stratégie d’État. Entre les deux, le message du marché est le même: l’avantage quantique n’est peut-être pas encore là, mais la compétition pour contrôler le chemin qui y mène a déjà commencé.

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  2. [2]Telefónica and IQM to Provide the Community of Madrid With Its First Quantum Computer to Drive the Development of Industry Use Cases Across the Region23 oct. 2026, 00:00
  3. [3]Telefónica e IQM instalarán el primer ordenador cuántico de Madrid23 oct. 2026, 09:53
  4. [4]Governor Hochul Announces New Study Highlighting New York’s Position as a National Leader in Quantum Technology23 oct. 2026, 22:55
  5. [5]Quantum computing could generate up to USD 2.7 trillion in economic value by 2035: McKinsey23 oct. 2026, 07:50
  6. [6]Madrid estrena ordenador cuántico: Telefónica e IQM eligen la Politécnica24 oct. 2026, 00:31
  7. [7]Quantum Technology Landscape Study, New York State - October 202623 oct. 2026, 22:55

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