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SpaceX : le vendeur à découvert marque contre son camp

La thèse baissière contre SpaceX reposait sur une idée simple : une valorisation proche de 2 000 milliards de dollars et un multiple de chiffre d’affaires proche de 100 fois seraient intenables. Mais les derniers chiffres changent fortement le dénominateur. Entre l’essor du calcul IA, la croissance de Starlink et l’option stratégique Starship, l’attaque ressemble désormais à un décollage mal synchronisé.

Généré le 24 octobre 2026 à 12:12≈ 7 min de lecture
Illustration générée par IA

Une critique de valorisation qui a vieilli trop vite

Le débat actuel sur SpaceX part d’une accusation claire: un vendeur à découvert très en vue estime qu’une entreprise valorisée près de 2 000 milliards de dollars et cotant autour de 100 fois son chiffre d’affaires est massivement surévaluée . À première vue, l’argument est séduisant. Les marchés publics ont rarement récompensé durablement les sociétés dont le prix intègre déjà plusieurs années de croissance parfaite.

Mais cette critique a un défaut majeur: elle dépend entièrement du chiffre d’affaires retenu. Un multiple de ventes ne vaut que par la qualité et la fraîcheur du dénominateur. Le résumé publié par HelloBro.ai souligne précisément ce point: les défenseurs de SpaceX estiment que le multiple de 100 fois repose sur des données anciennes ou incomplètes, alors même que le dernier trimestre a modifié l’échelle de l’entreprise .

C’est là que l’expression “contre son camp” prend tout son sens. La thèse baissière voulait imposer une discussion arithmétique. Or ce sont désormais les nouveaux calculs qui affaiblissent l’attaque.

Le dénominateur n’est plus le même

SpaceX a publié un chiffre d’affaires trimestriel d’environ 14,6 milliards de dollars, en hausse de 161% sur un an, et un bénéfice net d’environ 4,4 milliards de dollars, selon les informations récentes sur ses résultats trimestriels . Annualisé, ce seul trimestre représente environ 58,4 milliards de dollars de revenus. À 2 000 milliards de dollars de valorisation, cela donne un multiple d’environ 34 fois le chiffre d’affaires annualisé du troisième trimestre, et non 100 fois.

Ce niveau reste élevé. SpaceX n’est pas soudainement devenue une valeur décotée. Les risques d’exécution demeurent considérables. Mais la discussion change de nature. Dire qu’une société est trop chère à 100 fois un chiffre d’affaires dépassé n’est pas équivalent à dire qu’elle est chère à un multiple situé autour du milieu de la trentaine sur des ventes trimestrielles annualisées.

Le propre dépôt trimestriel de l’entreprise confirme l’ampleur du changement. SpaceX indique que son chiffre d’affaires sur les trois mois clos le 30 septembre 2026 a augmenté de 8,999 milliards de dollars, soit 161,4%, par rapport à la même période un an plus tôt . Le groupe précise aussi que son bénéfice net trimestriel a progressé de 5,458 milliards de dollars par rapport à l’année précédente . Une telle combinaison de croissance et de rentabilité rend une critique fondée uniquement sur les ventes historiques beaucoup plus fragile.

L’IA est devenue le facteur décisif

Le principal changement ne vient pas seulement des fusées. Il vient du calcul informatique.

L’activité d’IA de SpaceX, désormais présentée sous le nom de Super Intelligence, a généré 7,56 milliards de dollars de chiffre d’affaires au troisième trimestre, soit plus de neuf fois le niveau de l’année précédente, selon The Next Web . Le même article explique que cette activité provient principalement de la location de puissance de calcul de centres de données à des clients externes, avec Anthropic, Google et Reflection AI parmi les utilisateurs cités par Reuters .

C’est crucial, car la thèse vendeuse ne porte pas seulement sur le prix. Elle porte aussi sur la qualité des revenus. Si la nouvelle activité IA n’est qu’une location banalisée, fragile et faiblement margée, l’argument baissier garde une base. Si, au contraire, la rareté du calcul persiste et si SpaceX peut monétiser sa capacité à de bons prix, la valorisation se réécrit très vite.

Le dépôt de SpaceX explique pourquoi les investisseurs haussiers insistent sur cette seconde lecture. L’entreprise indique que le chiffre d’affaires de son segment SI a progressé de 6,747 milliards de dollars, soit 829,9%, au troisième trimestre, porté par les solutions et infrastructures SI . Les informations de résultats ajoutent que la direction affirme que les nouvelles capacités de calcul s’amortissent en moins d’un an aux prix actuels . C’est ce point que les sceptiques doivent désormais contester avec des preuves, pas seulement avec un multiple ancien.

Starlink n’est pas remplacé: il s’ajoute au moteur IA

Une autre limite de la critique baissière est qu’elle traite SpaceX comme si l’entreprise ne disposait que d’un seul moteur. L’IA est désormais la branche qui croît le plus vite, mais Starlink reste une base opérationnelle majeure.

Le chiffre d’affaires de la connectivité, principalement Starlink, a progressé de 69% à 5,25 milliards de dollars au troisième trimestre, et le service internet par satellite comptait 13,6 millions d’abonnés grand public fin septembre, contre 7,2 millions un an plus tôt . Dans son dépôt réglementaire, SpaceX indique que les revenus de connectivité ont augmenté de 2,151 milliards de dollars, soit 69,5%, par rapport au troisième trimestre 2025, grâce aux abonnés grand public ainsi qu’aux clients entreprises et gouvernementaux .

C’est un contrepoids important à l’idée selon laquelle la valorisation actuelle reposerait uniquement sur des promesses d’IA. Starlink n’est pas une diapositive de présentation. C’est une activité récurrente de connectivité, déjà de grande taille, qui continue d’ajouter des abonnés, des contrats aéronautiques et des usages gouvernementaux. Le dépôt confirme également que les abonnés grand public Starlink étaient 13,6 millions au 30 septembre 2026, contre 7,2 millions un an plus tôt .

La prudence reste nécessaire. The Next Web signale que le revenu mensuel moyen par abonné Starlink est passé de 99 dollars en 2023 à 69 dollars, à mesure que l’entreprise propose des offres moins chères et s’étend vers des marchés à plus faible revenu . Ce n’est pas nécessairement inquiétant: c’est peut-être le prix normal d’une expansion mondiale. Mais cela rappelle que tous les dollars de chiffre d’affaires ne se valent pas.

Starship reste la charnière stratégique

La thèse vendeuse doit aussi intégrer la dimension lancement, car la valorisation de long terme de SpaceX dépend de la capacité de Starship à modifier l’économie des satellites, de la connectivité et, peut-être, des infrastructures orbitales.

Les chiffres récents montrent que le lancement traditionnel n’est plus l’unique histoire. Le chiffre d’affaires spatial s’est établi autour de 1,77 milliard de dollars, contre 1,67 milliard un an plus tôt, selon The Next Web . Le dépôt de SpaceX montre lui aussi que les revenus du segment Space n’ont augmenté que de 101 millions de dollars, soit 6,1%, au troisième trimestre .

Mais l’importance stratégique dépasse cette ligne de revenus. La thèse haussière suppose que Starship augmentera la capacité de charge utile et réduira le coût de déploiement par unité de capacité. Le résumé de HelloBro.ai note qu’un récent test Starship emportant 26 satellites Starlink V3 est cité par les optimistes comme un signal que des lancements Starship plus chargés pourraient accélérer l’expansion du réseau . The Next Web rappelle toutefois que Starship ne transporte pas encore de clients payants et que le dernier test orbital s’est terminé plus tôt que prévu à cause d’un problème moteur .

C’est l’équilibre nécessaire. Starship est une option stratégique majeure, mais ce n’est pas encore une machine commerciale totalement dérisquée. Le meilleur argument restant aux vendeurs à découvert n’est donc pas que SpaceX ne peut pas croître. C’est que cette croissance exige une exécution presque parfaite dans les fusées, l’énergie, les puces, les centres de données et les télécommunications.

Pourquoi le contre son camp compte

Le vendeur à découvert peut encore avoir raison sur un point: les investisseurs paient déjà beaucoup de succès futur. Les dépenses d’investissement sont massives. SpaceX a investi 19,6 milliards de dollars sur le trimestre, dont 16,4 milliards consacrés à l’IA et aux centres de données, et l’entreprise prévoit encore davantage de dépenses au quatrième trimestre . Son dépôt fait aussi état de 19,593 milliards de dollars de dépenses d’investissement au troisième trimestre, principalement dans le segment SI .

Mais la présentation baissière semble avoir choisi le mauvais indicateur statique au mauvais moment. Un argument prix/chiffre d’affaires fonctionne surtout quand les ventes sont stables, lentes ou de faible qualité. SpaceX vient de publier un trimestre où le chiffre d’affaires a plus que doublé sur un an, où l’infrastructure IA est devenue le premier contributeur de revenus et où Starlink continue de changer d’échelle .

Cela ne prouve pas que l’action est bon marché. Cela prouve que l’ancien multiple ne suffit plus. Pour gagner le débat, les sceptiques doivent désormais démontrer que la demande de calcul IA va se retourner, que les marges de Starlink vont se comprimer, que Starship n’atteindra pas une cadence utile ou que les besoins en capital finiront par submerger l’entreprise. Répéter “100 fois le chiffre d’affaires” après un changement brutal de la base de revenus n’est plus une analyse. C’est une séquence de lancement programmée avec les coordonnées de la mission précédente.

En valorisation comme en astronautique, le timing compte. Cette fois, la critique vendeuse s’est peut-être allumée exactement au moment où les moteurs de revenus de SpaceX démarraient ensemble.

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