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Les livraisons de robots humanoïdes quadruplent, mais la vraie bataille porte sur les profits

Les robots humanoïdes sortent du laboratoire pour entrer dans une phase de volumes commerciaux, dominée par les fabricants chinois. Mais les derniers chiffres racontent une histoire plus nuancée : les modèles bon marché gonflent les livraisons, les machines haut de gamme concentrent le chiffre d’affaires, et Wang Xingxing, fondateur d’Unitree, estime que l’intelligence incarnée pourrait atteindre un point de bascule d’ici un à deux ans.

Généré le 12 octobre 2026 à 12:181558 mots
Illustration générée par IA

Le titre se vérifie: les volumes sont là

Le titre de travail est clair: les livraisons de robots humanoïdes quadruplent. Selon les données IDC citées par 36Kr, les livraisons mondiales de robots humanoïdes ont atteint près de 25 000 unités au premier semestre 2026, soit une hausse de 432,1% sur un an, tandis que le chiffre d’affaires du marché progressait de 322,7% pour atteindre environ 740 millions de dollars . Un autre comptage, réalisé par Sullivan, place même les livraisons du premier semestre à 36 000 unités, pour 540 millions de dollars de revenus, soit déjà plus que sur l’ensemble de 2025 .

C’est le premier enseignement majeur: les humanoïdes ne sont plus seulement une affaire de prototypes de laboratoire, de démonstrations en salon et de promesses futuristes. Un marché capable d’expédier des dizaines de milliers d’unités en six mois entre dans une autre phase industrielle. Les chaînes d’approvisionnement, la composition des gammes et la capacité à livrer en série deviennent aussi importantes que la prouesse technique.

Mais le deuxième enseignement est tout aussi important: une explosion des livraisons ne signifie pas automatiquement une adoption mature. Les mêmes rapports montrent un marché tiré dans deux directions. Les modèles bon marché ou demi-format gonflent les volumes, tandis que les robots humanoïdes grandeur nature, plus chers et plus proches de l’intelligence incarnée opérationnelle, concentrent l’essentiel des revenus . Autrement dit, “les livraisons quadruplent” est un titre exact, mais pas un diagnostic complet.

Les robots abordables font le volume; les robots chers font le chiffre d’affaires

La fracture la plus nette oppose les unités vendues aux revenus générés. L’analyse de 36Kr indique que les modèles abordables à moins de 30 000 dollars représentent la majorité des livraisons du premier semestre, tandis que les appareils haut de gamme génèrent l’écrasante majorité du chiffre d’affaires du secteur . Selon la ventilation par taille de Sullivan, environ 8 400 modèles grandeur nature ont été vendus au premier semestre 2026, soit autour d’un cinquième des livraisons, mais ils ont généré plus de 408 millions de dollars, c’est-à-dire plus de 75% des revenus du secteur . À l’inverse, les petits modèles ont atteint environ 19 700 unités, soit plus de la moitié du volume, mais seulement 19 millions de dollars de revenus .

Cette structure explique pourquoi le prix moyen peut baisser alors que l’enjeu stratégique augmente. Le prix unitaire moyen implicite d’IDC est passé d’environ 37 000 dollars un an plus tôt à environ 29 600 dollars au premier semestre 2026, mais 36Kr estime que cette baisse vient surtout du mix produit: les modèles moins chers progressent plus vite, plutôt que chaque robot comparable ne devienne mécaniquement 20% moins cher .

Pour les investisseurs comme pour les industriels, cette nuance est cruciale. La montée en puissance des petits et moyens humanoïdes valide des chaînes de composants: moteurs, réducteurs, batteries, contrôleurs et assemblage. Mais elle ne prouve pas encore que les robots grandeur nature soient prêts à travailler de manière rentable sur des lignes de production. Le secteur avance vers le volume commercial, mais tous les volumes ne se valent pas.

Les champions chinois ne suivent pas le même modèle

Les principaux acteurs illustrent aussi des stratégies différentes. Dans le classement Sullivan des revenus cité par 36Kr, les cinq premières entreprises mondiales de robots humanoïdes au premier semestre 2026 sont toutes chinoises: UBTECH, AgiBot, Unitree, Galbot et Leju . UBTECH arrive première en part de chiffre d’affaires global, avec 16,5%, et domine également le segment des humanoïdes grandeur nature à intelligence incarnée, avec 26% de part de revenus .

Mais la domination par le chiffre d’affaires ne signifie pas la rentabilité. 36Kr indique qu’UBTECH a perdu 339 millions de yuans au premier semestre 2026, tandis qu’Unitree avait livré plus de 5 500 humanoïdes en 2025 et affichait une marge nette hors éléments non récurrents d’environ 34,8%, en incluant aussi son activité de robots quadrupèdes . La différence vient du modèle économique: Unitree vend surtout des modèles demi-format comme la série G1, largement destinés à la recherche et à l’éducation, alors qu’UBTECH déploie des systèmes grandeur nature dans des usines et des environnements réels plus complexes .

Unitree incarne donc la logique de profit la plus lisible à ce stade. Du matériel standardisé, des livraisons plus rapides, des encaissements plus fluides et une clientèle de recherche ou d’éducation peuvent produire un profil financier plus sain. Le déploiement industriel grandeur nature promet peut-être un marché beaucoup plus vaste, mais il est plus lourd: personnalisation, cycles d’acceptation longs, coûts de service élevés et risque opérationnel accru.

Un commentaire technologique chinois publié le même jour résume brutalement cette tension: les livraisons font du bruit, mais les marges restent fragiles tant que les robots ne réalisent pas un travail répétable et utile, au-delà des carnets de commandes ou des centres de collecte de données .

Le vrai problème: travailler vraiment

La composition des usages est au cœur du sujet. Sullivan répartit les scénarios d’utilisation en quatre catégories: spectacle et divertissement, recherche et éducation, collecte de données, et opérations de production . Au premier semestre 2026, les revenus liés aux opérations de production ont atteint 78 millions de dollars, soit 65,9% de plus que les 47 millions de dollars enregistrés sur l’ensemble de 2025, mais cette catégorie représente encore moins de 15% des 540 millions de dollars de revenus semestriels du secteur .

Cela signifie que le marché progresse, mais que la majorité des revenus ne vient pas encore de robots remplaçant ou augmentant durablement le travail humain dans des opérations quotidiennes. 36Kr note que beaucoup de commandes de production se situent encore entre le pilote client et le déploiement payant, et que peu atteignent l’exploitation normalisée . C’est le pont manquant entre un boom des livraisons et une vraie révolution de l’automatisation.

La collecte de données ajoute une ambiguïté. L’IA incarnée a besoin d’énormes volumes de données d’interaction physique, et 36Kr cite l’Académie chinoise des technologies de l’information et des communications, selon laquelle plus de 70 terrains d’entraînement d’intelligence incarnée étaient déjà achevés et en fonctionnement en Chine à la mi-2026, avec 46 autres en construction ou en planification . Ces centres peuvent être utiles, car les robots doivent apprendre du monde réel. Mais ils peuvent aussi brouiller le signal de la demande finale si les achats passent par des parties liées ou si l’objectif est de bâtir un écosystème plutôt que de remplacer immédiatement du travail humain .

L’horloge de Wang Xingxing: un à deux ans

C’est ici que les propos récents de Wang Xingxing, fondateur d’Unitree, prennent tout leur sens. Lors de la 26e China International Industry Fair à Shanghai le 12 octobre, Wang a déclaré que la technologie mondiale de l’IA progressait très vite, avec des mises à jour majeures tous les un à deux mois, et que la compréhension de l’industrie de l’intelligence incarnée avait nettement progressé après GPT-6 . Il a estimé que le point de bascule global pourrait arriver “dans un à deux ans” au plus tôt, ajoutant que GPT-7 pourrait l’an prochain résoudre directement certains défis centraux de l’intelligence incarnée .

Wang a toutefois reconnu les blocages actuels. Il a expliqué que les entreprises de robotique menaient déjà des pilotes en usine, mais que le passage à grande échelle exigeait encore de meilleurs niveaux de généralisation et d’efficacité . Selon le compte rendu de BigGo, il s’attend aussi à ce que les services commerciaux se déploient plus vite que les cas industriels, tandis que les usages domestiques arriveraient plus tard .

Cette hiérarchie est logique. Les usines exigent disponibilité, sécurité, cadence prévisible et intégration avec les processus existants. Les services commerciaux peuvent tolérer des tâches plus limitées, une supervision humaine et une part de nouveauté visible. Les foyers sont les plus difficiles: espaces non structurés, objets fragiles, animaux, enfants, confidentialité et faible propension à payer.

Les prochains indicateurs à surveiller

La prochaine étape ne se décidera pas sur un seul chiffre de livraisons. Trois indicateurs seront plus révélateurs.

D’abord, la part des modèles grandeur nature opérationnels. 36Kr cite une étude de Morgan Stanley selon laquelle ces modèles pourraient passer de 30% des livraisons en 2026 à 50% en 2027, puis 70% en 2028 . Si cette trajectoire se confirme, le marché passera de la diffusion matérielle à un déploiement réellement lié au travail.

Ensuite, les revenus issus des opérations de production. Si la catégorie du “travail réel” reste sous 15%, le boom dépendra encore largement de l’éducation, du spectacle, des démonstrations et des infrastructures de données . Si elle grimpe vers un tiers ou la moitié des revenus, l’histoire de l’adoption deviendra beaucoup plus solide.

Enfin, les prix à modèle comparable. Une baisse du prix moyen global peut simplement refléter l’arrivée de plus de robots bon marché. Une baisse du prix des machines grandeur nature comparables et capables signifierait que l’échelle industrielle commence vraiment à attaquer la courbe des coûts.

La plaisanterie sur C-3PO s’impose presque: à ce rythme, les humanoïdes auront bientôt besoin de prévisions trimestrielles de livraisons. Mais la leçon la plus sérieuse est ailleurs. L’industrie entre dans son premier test d’échelle. Les livraisons ont quadruplé; désormais, les machines doivent prouver qu’elles peuvent rapporter plus qu’elles ne coûtent.

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Sources des dernières 72 heures

  1. [1]Shipments of humanoid robots have skyrocketed four times. Who has earned all the profits?12 oct. 2026, 08:09
  2. [2]Unitree Technology's Wang Xingxing: The tipping point for embodied intelligence will arrive in as soon as one to two years.12 oct. 2026, 02:00
  3. [3]Unitree Robotics' Wang Xingxing: Embodied Intelligence Tipping Point Could Arrive Within One to Two Years12 oct. 2026, 02:00
  4. [4]出货涨4倍,公司全在亏!人形机器人正在上演一场‘数字狂欢’12 oct. 2026, 08:11

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