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Les États-Unis écartent DeepSeek du travail fédéral

Washington transforme ses inquiétudes sur DeepSeek en barrière d’achat public: une nouvelle ordonnance du Department of Homeland Security impose aux agences fédérales civiles de retirer les technologies liées à la start-up chinoise et interdit de nouvelles acquisitions de ses produits et services.

Généré le 19 octobre 2026 à 18:151467 mots
Illustration générée par IA

Un nouveau mur fédéral autour de l’IA chinoise

Le gouvernement américain a franchi un seuil important dans sa gestion du risque DeepSeek. Le Department of Homeland Security a publié un avis indiquant que les produits et services informatiques développés par Hangzhou DeepSeek Artificial Intelligence Co., Ltd., ainsi que par ses entités affiliées, sont exclus des achats des agences fédérales civiles . Le même avis ordonne aussi le retrait des produits DeepSeek, des produits de ses affiliés et des produits ou services tiers développés à partir d’implémentations DeepSeek des systèmes informatiques des agences civiles .

La portée de la mesure dépasse donc l’interdiction d’une application ou d’un chatbot identifié. Elle vise aussi les produits tiers qui incorporent, réutilisent, emballent ou exploitent des composants DeepSeek . C’est la partie la plus structurante de l’ordonnance: l’administration américaine ne se contente pas de bloquer une marque chinoise, elle impose un contrôle de chaîne d’approvisionnement sur les modèles d’IA utilisés dans l’écosystème fédéral civil.

Bloomberg Law a rapporté que l’administration Trump avait interdit aux agences civiles américaines d’utiliser les produits ou services de DeepSeek, en invoquant une menace potentielle pour la sécurité nationale liée aux activités de l’entreprise en Chine . Selon le même article, une ordonnance jointe, datée du 24 juillet et signée par le secrétaire à la Sécurité intérieure Markwayne Mullin, empêche également la société de participer à des contrats du gouvernement fédéral . Pour DeepSeek, l’accès au plus puissant acheteur public de technologies au monde se referme donc à la fois par l’usage interne et par l’achat public.

Ce que l’ordonnance impose concrètement

Le texte publié repose sur deux obligations principales. La première est l’exclusion: les produits et services de technologies de l’information développés par DeepSeek, y compris ceux d’entités affiliées au sens des règles fédérales d’acquisition, ne peuvent plus être achetés par les agences fédérales civiles . La seconde est le retrait: les agences doivent enlever de leurs systèmes les produits DeepSeek, les produits liés à ses affiliés et les produits ou services tiers développés à partir d’implémentations DeepSeek .

Cette formulation est essentielle pour les fournisseurs. Une entreprise qui vend à une agence civile un outil de recherche documentaire, d’automatisation de flux de travail, de développement logiciel, de relation usager, d’analyse ou d’assistance interne devra pouvoir démontrer que son produit ne repose pas sur DeepSeek. Le risque commercial ne touche donc pas seulement la start-up chinoise. Il concerne aussi les intégrateurs, revendeurs, prestataires cloud, éditeurs d’applications d’IA et sous-traitants qui auraient utilisé DeepSeek dans leurs propres offres.

La base juridique est le Federal Acquisition Supply Chain Security Act de 2018, ainsi que les règles d’application figurant à 41 CFR 201-1 . Le DHS précise que le secrétaire a agi après examen d’une recommandation du Federal Acquisition Security Council et des éléments associés . L’affaire se situe donc dans le registre de la sécurité de la chaîne d’approvisionnement fédérale, et non dans celui d’un simple différend commercial avec un fournisseur.

L’avis a été déposé pour consultation publique le 19 octobre 2026 et doit être publié officiellement au Federal Register le 20 octobre 2026 . Le DHS renvoie les questions de mise en œuvre à l’équipe FASCSA Order Implementation Team au sein de la division cybersécurité de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency . Quartz a également indiqué que l’ordonnance signée est disponible sous le numéro de dossier DHS-2026-0628, ce qui confirme que les agences et les fournisseurs doivent traiter le sujet comme une obligation de conformité liée aux marchés publics .

Le raisonnement de sécurité: données, dépendances et juridiction

Reuters, dans un article repris par StreetInsider, a rapporté que le DHS estime que les modèles DeepSeek présentent de « multiples vecteurs de menace » et que leur utilisation par des employés ou fournisseurs du gouvernement américain pourrait entraîner le transfert de données sensibles vers la Chine . Le même article indique que l’interdiction couvre aussi les services tiers utilisant le modèle d’IA chinois, et non uniquement les produits directement vendus par DeepSeek .

C’est le cœur de la logique américaine. Dans l’IA, le risque ne se limite pas à l’interface visible. Un outil peut sembler local, sécurisé ou neutre, tout en dépendant d’un appel externe à un modèle, de poids ouverts intégrés, d’un modèle affiné, d’une bibliothèque logicielle, d’un pipeline de récupération d’information ou d’un fournisseur de calcul situé ailleurs. En visant les produits tiers développés avec des implémentations DeepSeek, le DHS demande aux acheteurs publics d’examiner les fondations techniques, pas seulement l’étiquette commerciale.

Cette décision montre aussi que les critères de compétition dans l’IA changent. Les performances sur les benchmarks, le prix par jeton, la vitesse d’inférence et la qualité des réponses restent importants. Mais pour vendre au secteur public, ils ne suffisent plus. L’origine nationale, la gouvernance des données, l’exposition juridique, la chaîne d’approvisionnement du modèle et l’éligibilité aux achats publics deviennent des critères commerciaux majeurs. DeepSeek peut rester attractif par ses coûts et ses modèles ouverts ou semi-ouverts, mais l’accès au marché fédéral civil américain est désormais bloqué.

Pourquoi la mesure compte pour la rivalité avec la Silicon Valley

DeepSeek est devenu un symbole de pression concurrentielle dans l’IA parce que ses modèles ont montré qu’il était possible de proposer des capacités élevées à moindre coût que de nombreux acteurs américains. Quartz souligne que la mesure américaine vise une entreprise dont les modèles à poids ouverts et à plus bas coût exercent une pression croissante sur les développeurs de la Silicon Valley . C’est pourquoi l’ordonnance a une portée économique qui dépasse les seuls contrats publics déjà signés ou envisagés par DeepSeek.

Le marché fédéral n’est pas seulement une source de revenus. C’est aussi un signal de confiance. Une entreprise autorisée à vendre au gouvernement américain peut s’en prévaloir auprès d’États fédérés, d’universités, d’infrastructures critiques, de secteurs régulés, d’intégrateurs de défense et de gouvernements alliés. À l’inverse, une exclusion fédérale crée une ombre de conformité. Même des acheteurs privés non soumis directement à l’ordonnance peuvent se demander si l’utilisation d’outils fondés sur DeepSeek compliquera leurs futurs contrats fédéraux, audits de cybersécurité ou engagements envers leurs propres clients.

Pour les laboratoires américains d’IA, cette décision n’est pas une victoire technique au sens strict. Elle ne démontre pas que leurs modèles sont meilleurs, plus sûrs ou plus efficaces. Mais elle protège un marché public stratégique contre un concurrent chinois moins coûteux. La bataille commerciale s’élargit donc: les entreprises se disputent toujours les performances et les prix, tandis que les États déterminent qui peut accéder aux environnements numériques sensibles.

Le défi immédiat: inventorier les dépendances

La première tâche des agences civiles sera l’inventaire. Elles doivent identifier les produits DeepSeek évidents, les produits d’affiliés et les outils tiers moins visibles développés à partir d’implémentations DeepSeek . Cela suppose un travail commun entre responsables des achats, directions informatiques, équipes de cybersécurité, juristes et fournisseurs.

Les cas les plus difficiles concerneront les produits où DeepSeek n’apparaît pas directement pour l’utilisateur final. Un prestataire peut avoir utilisé DeepSeek pour entraîner ou ajuster un composant, incorporé localement un modèle dérivé, ou connecté une fonctionnalité interne à un point d’accès DeepSeek. La rédaction de l’ordonnance laisse entendre que ces différences comptent. Les agences devront donc demander plus de documentation aux fournisseurs sur l’origine des modèles, les dépendances logicielles et les données utilisées dans le développement.

La mesure reste toutefois ciblée. L’avis concerne les systèmes informatiques et les acquisitions des agences fédérales civiles de l’exécutif . Il ne constitue pas, tel qu’il est rédigé, une interdiction générale pour toutes les entreprises privées, ni une interdiction nationale de l’usage grand public de DeepSeek. Mais les règles fédérales d’achat ont souvent un effet d’entraînement: elles se propagent par clauses contractuelles, certifications de fournisseurs, exigences des maîtres d’œuvre et programmes de conformité. C’est ainsi qu’une règle appliquée au gouvernement peut remodeler un marché plus large.

Une décision d’achat public aux conséquences industrielles

L’affaire DeepSeek doit être comprise comme la création d’un pare-feu d’acquisition pour l’IA. Le DHS ne se contente pas d’exprimer une inquiétude sur une start-up chinoise. Il fixe une règle qui détermine ce que les agences civiles peuvent acheter, ce qu’elles doivent retirer et ce que les fournisseurs peuvent intégrer dans des produits destinés au gouvernement fédéral.

Pour DeepSeek, la porte fédérale américaine se ferme nettement. Pour les entreprises qui bâtissent leurs produits au-dessus de plusieurs modèles, le message est tout aussi clair: la provenance du modèle devient un risque de marché public. Et pour toute l’industrie de l’IA, cette décision confirme que la prochaine phase de concurrence ne se jouera pas seulement dans les tableaux de performances et les grilles tarifaires, mais aussi dans le droit des achats publics, l’examen des chaînes d’approvisionnement et la politique de sécurité nationale.

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Sources des dernières 72 heures

  1. [1]Notice of Order Regarding Exclusion and Removal of DeepSeek Products from Federal Civilian Executive Branch Information Technology Systems and Procurements19 oct. 2026, 14:45
  2. [2]US Moves to Bar China’s DeepSeek From Federal Agencies’ Systems19 oct. 2026, 17:06
  3. [3]Trump administration is ordering DeepSeek removed from all U.S. civilian agency systems19 oct. 2026, 02:00
  4. [4]US banning Chinese AI DeepSeek from government agency IT systems19 oct. 2026, 15:27

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